lundi 3 décembre 2007
21 ans
Aujourd’hui, je me regarde dans la glace, et c’est toujours ce corps de petite fille que je vois.
Je revois invariablement cette gamine devant le miroir, sûre que ce corps ne serait qu’une transition, la chrysalide avant le papillon. Une prodigieuse métamorphose se produirait, et à coup sûr, je serais femme, comme Maman. Elle portait même un nom, cette transformation, et on en parlait dans les livres de biologie. Seulement voilà, je ne ressemble toujours pas à Maman, et mon corps est resté à l’état larvaire. Vilain petit canard, aux lignes maladroites et souillées, si éloignées des courbes pures et dessinées des nymphes.
Antisexuel. Ma chair se bat contre moi et toute forme de sensualité. Dégoutant, difforme, disgracieux, imposant, inconfortable, gênant, honteux, humiliant. Le voilà nu, ce corps.
J’ai 21 ans, et mon corps n’est toujours pas celui d’une femme.
J’ai essayé. Je ne suis devenue qu’un être inachevé, inaccompli, à mi chemin entre l’enfant et l’adulte. Source de honte et de tant d’émois que ce corps ridicule et vulgaire.
Alors je triche. Regarde mon bout de sein, là, et puis mes cuisses que j’exhibe. Je suis une fille, bien sûr. Sexualisation artificielle, à défaut d’être belle. Conneries.
J’ai 21 ans, et je ne suis pas celle qu’il fallait que je sois.
Potentiel. Voilà ce qui me résumait. J’ai failli être belle. J’ai failli être brillante. J’ai failli être grande. Je porte le poids de cette culpabilité de n’avoir réussi à combler tous les espoirs fondés sur ma personne.
J’ai préféré renoncer aux grands avenirs et me jeter à corps perdu dans l’instant, l’immédiat. Je consomme les plaisirs, les instantanés, les émotions. Donnez moi à manger, remplissez moi, car au-delà il n’y a que du vide. J’excelle dans l’art du jour le jour.
J’ai 21 ans, et il est déjà trop tard pour être parfaite.
Papa, Maman, je vous en veux de m’avoir fait croire que je pouvais être parfaite, si j’étais sage.